Quand anthropologues et légistes se rencontrent : Retour sur la journée interdisciplinaire autour de l’archéo-anthropologie du 12 Mars 2020.

Retour sur la journée SAO 2020 à Rennes. Pourquoi plusieurs chercheurs qui travaillent autour de la mort et plus particulièrement des corps se sont réunis ? Tout simplement pour parler de l’évolution des disciplines et des possibilités de travailler ensemble selon les spécificités !

Le 12 Mars 2020 se tenaient les rencontres interdisciplinaires autour de l’archéo-anthropologie organisées par Mélissa Tirel et Elodie Cabot à Rennes à l’amphithéâtre Robert Castel. Un très bel amphi confortable avec une prise (essentielle pour la prise de note) et de l’espace. Le contexte est assez étrange au moment où j’écris ces lignes (article commencé dans le TGV du retour), le gouvernement a pris des mesures face à l’épidémie en cours depuis quelques semaines de Covid19 et cette rencontre fait partie d’une des dernières avant plusieurs semaines dans le secteur universitaire et des entreprises face aux consignes de non regroupement d’individus pour éviter au maximum de propager la maladie.

J’arrive le 11 au soir à Rennes ce qui me permet de rencontrer une partie des intervenants au restaurant dans le centre de la ville afin de faire connaissance avant la journée du lendemain où une autre partie des intervenants doit arriver. D’ailleurs, certains intervenants étaient déjà présents au colloque de l’INRAP sur les enquêtes judiciaires et l’archéologie, je reconnais quelques visages.

Photo M. Tirel

Actualités de la recherche.

Une première session débute intitulée “actualités de la recherche” autour de plusieurs nécropoles de diverses périodes narrées en présentations orales réparties sur la matinée avec des interventions en binôme ou en solo. Des conférences techniques tant du point de vue archéologique que des problématiques exposées et argumentées par les chercheurs qui travaillent sur les sites tant en théorie qu’en pratique avec diverses analyses très intéressantes. Une bonne place pour les crémations, sujet que je maitrise beaucoup moins bien que les inhumations en terre ou en coffrage mais qui m’a permis d’étoffer mes connaissances, en particulier autour des ossements et crémations de nouveaux nés ainsi que leur traitement (surtout en Gaule romaine avec l’intervention de Mélissa qui avait aussi participé à Past and Curious -vulgarisation sur Youtube- et présenté son sujet de thèse lors de cette journée). Tous ces chercheurs ont démontré encore une fois l’étendue de la technicité de leur discipline avec les contraintes de temps, de terrain ou d’accès des zones étudiées. Les prélèvements en lien avec les crémations montrent encore une fois également la patience et la minutie que demandent les sites de ce type. Très intéressant également de voir le travail en post-fouille des chercheurs dans certains cas et leurs explications détaillées. Des conférences qui demandaient en cette matinée de bonnes connaissances archéologiques tant sur le terrain qu’en théorie pour bien comprendre l’intégralité des sujets traités.

Melissa Tirel et Elodie Cabot pour le discours de début de journée.

On retrouvait le cimetière paroissial de Rezé et sa fouille avec la chapelle de Saint Lupien, site que j’avais pu voir l’an dernier avec quelques éléments osseux encore visibles (je vous en parlais ici de cette jolie chapelle) j’étais donc contente de découvrir les fouilles ! Toutes ces communications sur les nécropoles étaient fort intéressantes avec des répartitions géographiques dans plusieurs zones de Bretagne et des terrains variés même si la grande récurrence de la Bretagne, c’est l’acidité de son sol qui conserve mal voire pas du tout les ossements (d’où les blagues tacites sur le PH breton quand on mentionne l’archéo-anthropo locale en général). Il n’empêche que nombre de découvertes fort sympathiques en termes ostéo arrivent chez nos amis bretons, pour le plus grand plaisir de la science ! Des communications très intéressantes pour comprendre également le fait religieux antique dans ces zones hors de l’Empire. L’ensemble de ces communications permettait aussi de comprendre comment se déroulent les fouilles parfois dans cadres d’intervention contraints (comme expliqué lors de la communication sur le cimetière paroissial de Rezé avec des fouilles faites en urgence).

En fin de matinée, j’ai eu le plaisir de prendre la parole autour de la nécessité de communiquer autour de la mort, de la thanatologie et j’ai expliqué comment j’en suis arrivée à créer Le Bizarreum avec la volonté de faire le lien entre chercheurs et grand public tout en expliquant mes propres expériences de terrain mais également en mettant en lumière les difficultés de cette vulgarisation souvent soumise à la censure. Une activité qui me pousse à l’interdisciplinarité à l’image de mon cursus personnel mais aussi afin de mener à bien cette vulgarisation en ayant en main tous les tenants et aboutissants. Je voulais d’ailleurs remercier encore une fois les organisatrices de m’avoir invité à m’exprimer devant tant de personnes de ce milieu que j’estime ainsi que devant le public. D’ailleurs, les chercheurs de ce colloque sont tous pour la plupart de bons vulgarisateurs et cela fait plaisir car ce n’est pas majoritaire dans le monde scientifique. Et pour une fois j’ai pu donner quelques petits conseils de vulgarisation hors séance à ceux qui me demandaient et j’étais ravie surtout venant de personnes que je respecte.

Je défendais aussi l’importance d’informer le public des problématiques actuelles qui font parfois la une de l’actualité (intégrité du cadavre, trafics, Dark Tourism) afin d’endiguer des comportements non appropriés pour le patrimoine funéraire et pour les défunts. Un postulat qui m’est cher et qui prend sens depuis trois ans dans mes travaux.

Photo par M. Tirel
Mon intitulé et la page 1 de ma présentation.

Archéologie, anthropologie et médico-légal une légitime interdisciplinarité ?

J’attendais avec impatience le programme de l’après-midi car ces sujets m’intéressent beaucoup de part mon cursus et maintenant mes intérêts annexes. La première communication était similaire à celle présentée au colloque de l’INRAP faite par Elodie Cabot et Guillaume Visseaux (ici un duo composé d’une archéo-anthropologue et d’un médecin légiste). La communication revient sur l’évolution de l’archéo-anthropologie française et sur son application dans le domaine judiciaire. Vraiment, passionnant. Puis, une communication vraiment originale à propos de l’étude radiographique sur des ossements avec des questions en lien avec ce qui est invisible à l’œil nu mais déterminant pour la bonne conduite d’une étude osseuse et surtout en anthropologie lésionnelle. Ce qui pousse à ouvrir la discussion à l’intervention d’autres domaines d’expertise comme celui-ci ou encore la microscopie optique.

S’en est suivie une communication passionnante par Laurent Martrille qui est médecin légiste et Arnaud Lefebvre qui est archéo-anthropologue autour des exemples de collaborations pour le relevé des squelettes. Une communication également proposée au colloque de l’INRAP. Encore une fois, cette communication est essentielle pour comprendre la nécessité de faire travailler ces deux corps de métiers ensemble dans le cadre judiciaire car l’apport de connaissance des uns et des autres est vraiment un plus sur le terrain et après en laboratoire. Des duos qui se constituent et se confirment dans le monde anglo-saxon mais qui ne sont pas automatique chez nous. J’en parle assez longuement dans ce podcast.

Puis plus historique, une communication autour de la chair et du plomb avec des éléments très intéressants autour des corps, des armes et de la balistique. Les deux dernières communications étaient vraiment très passionnantes avec deux orateurs hors pair comme tous ceux de cette après midi. Caroline Costedoat et Michel Signoli nous ont présenté le travail complexe et surtout polymorphe de l’anthropologue en fonction du contexte temporel et de terrain en mettant l’accent sur plusieurs exemples relevant du domaine de la guerre avec des exemples allant aussi bien de la Campagne de Russie en 1812 à la seconde guerre mondiale avec des corps de militaires. Les questions de restitution également étaient à l’honneur et en particulier lorsqu’il s’agit de faire des recherches ADN pour mener à bien ces restitution de combattants aux familles afin d’assurer une sépulture décente à ces derniers tombés sur le front. Beaucoup d’explication sur les profils biologiques mais aussi pour la dernière conférence de la journée, des questions autour des traumatismes peri mortem en contexte militaire. Les études sur la traumatologie sont donc importantes dans ces contextes là pour faire progresser les recherches dans ce domaine très spécifique mais essentiel à la connaissance de notre histoire.

La journée s’est donc terminée dans la bonne humeur tout comme elle a débuté et avec la joie d’avoir appris plein de choses et d’avoir passé un moment privilégié tous ensemble. Une journée qui s’est terminée au restaurant pour un bon repas d’au revoir avec beaucoup de rigolades. Cette journée a été magnifiquement orchestrée par les organisatrices, les personnes qui ont donné des coups de main, le public et les intervenants. C’était riche, nous avons été gâtés tant en réception qu’en goodies (je ne boude jamais mon plaisir face à des goodies de colloque) et surtout je n’ai jamais autant ri que lors des moments de pause ou de repas (ce n’est pas parce que tout ce beau monde travaille sur la mort qu’on ne peut pas être vivants !). J’ai aussi pu discuter avec les chercheurs de sujets variés et rencontrer certains et certaines que je croisais souvent en vrai à des évènements ou sur internet avec enfin la possibilité de se saluer et d’échanger.

Pour finir, quelques liens que j’ai reçu de la part de Melissa et qui pourraient vous intéresser également :

Podcast : “Pourquoi des archéologues sur les scènes de crime ?”

Article ” Elodie l’archéo-anthropologue mène l’enquête au service de la justice “

Site de la gendarmerie

Et puis bon…que serait un colloque sans un selfie dans les toilettes ?!

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