Mokomokai : Article complémentaire de ma vidéo

Cet article est un complément d’informations à ma vidéo “La minute creepy” mon format court qui ouvre à la recherche de connaissance sur des sujets mortuaires.

Pour le cas des mokomokai Néo-Zélandais, je vais apporter des informations complémentaires pour vous donner un maximum d’informations sur le sujet.

Le mokomokai et le Ta moko

 Le tatouage facial appelé Ta moko est donc réservé à une élite guerrière et aux chefs car la société maorie dés ses débuts est très hiérarchisée et organisée pour fonctionner au mieux. Les femmes arborent pour certaines des tatouages faciaux également mais uniquement au menton comme on peut le voir dans la vidéo et cela est un signe de beauté. Le tatouage traditionnel est fait en frappant une tige de bois surmontée d’une dent de requin encrée. Un relief pouvait être apporté au visage et au corps avec des sortes de ciseaux. L’histoire du Ta Moko (initialement au charbon) est en lui même né d’une légende. 

Chaque tatouage raconte de façon symbolique des évènements de la vie de son porteur mais également sert de rappel à sa généalogie, la whakapapa. C’est donc un élément très fort de parure, d’histoire familiale et personnelle pour ceux qui portent un Ta moko (très douloureux soit dit en passant). Il est aussi un acte de passage et de validation de ses attributs masculins au sain de son groupe familial par le biais de cette épreuve.

ta moko

Le fait que chaque tête soit tatouée de façon unique et reconnaissable entre les tribus était aussi un bon élément de reconnaissance faciale entre les guerriers mais également de façon post mortem. Et oui, la tête embaumée est aussi un excellent trophée de guerre. Une fois décédés, les âmes repartent sur l’île légendaire de Hawaiki d’où sont venus les premiers maoris pour peupler les îles à bord de leurs pirogues les waka. Également, les têtes capturées par des tribu ennemies servaient de monnaie d’échange lors des combats.

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L’arrivée des européens s’est échelonnée, les premiers en 1642 étaient les hollandais qui ont été très mal accueillis mais qui ont donné en partie le nom du pays (Zeeland). Puis ce sont les anglais qui s’installent avec l’arrivée de James Cook en 1769 en faisant des comptoirs puis les français sont arrivés également un peu plus tardivement. Évidemment cette colonisation a créé de fortes tensions entre maoris et européens que des lois britanniques ont été crées pour définir les devoirs et obligations entre les natifs et les colons connues dans le traité de Waitangi. Initialement, l’arrivée des anglais a été l’occasion d’échanges entre les deux camps et c’est aussi là que les anglais commencèrent à étudier de façon anthropologique les maoris en découvrant la coutume des Mokomokai. Les premiers échanges de têtes contre objets étaient faites dans un but de collection et de présentation en Angleterre. Mais petit à petit la curiosité incita à acheter, voler ou échanger (contre armes à feu et munitions) encore plus de têtes. Cela créa entre les tribus de fortes tensions avec des raids afin de capturer des ennemis, les tatouer de force pour certains (faisant perdre la symbolique du Ta moko), les embaumer et enfin les vendre. Mais petit à petit, le bruit d’une telle pratique se répand à Londres et surtout les maoris sont fatigués de ces combats et de ce commerce. En 1831 une loi est votée à Londres interdisant ce commerce et la pratique s’éteint doucement. Mais le mal est fait on estime à environ 500 têtes parties dans des pays étrangers et gardées par des musées ou des collectionneurs privés. De plus, la partie du Ta moko est de plus en plus éteinte à cause des conversions religieuses lors de la venue des colons.

Pour autant, certains colons ont développé une passion pour la culture maorie, comme par exemple l’anglais Barnet Burns qui au XIXe siècle arrive en Nouvelle-Zelande et se passionne pour la culture au point de demander à arborer des Ta moko sur son corps et vivre parmi eux. En 1835, il rentra en Angleterre où il fit de nombreuses conférences sur le sujet présentant les coutumes ou encore le haka à la haute société.

S’en est donc forcément suivies les collections de têtes maories comme celle de Horatio Gordon Robley, collectionneur anglais du XIXe qui a servi en Nouvelle-Zélande, et qui ramena de nombreuses têtes et tenta plus tard de les revendre. Sans succès sa collection est finalement vendu 1250 $ (une bouchée de pain pour nous) à l’American Museum of natural history.

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Ce dernier a écrit deux livres qui sont très bien documentés et ont été très utiles pour l’étude des maoris. Les possesseurs privés se font alors discrets et les musées exposent les têtes dans leurs couloirs ou les conservent dans leurs réserves.

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Dessin de Robley, vente de Mokomokai

Le temps des restitutions

Petit à petit, le gouvernement Néo-Zélandais au XXe siècle a souhaité récupérer les têtes des ancêtres qui se trouvaient dispersées dans de nombreuses réserves de musée. Il faut savoir que la détention de pièces humaines et leur exposition est devenue de plus en plus contrôlée pour des raisons éthiques (ce qui explique les nombreuses momies et têtes réduites ou autres en réserve de musée). Le premier cas de restitution ayant fait grand bruit dans le domaine de la culture en France étaient pour les restes de celle appelée communément “La Vénus Hottentote” Saartje Baartman qui étaient conservés au Musée de l’Homme. En effet, en 1994, le peuple Khoïkhoï avec l’aide Nelson Mandela demande le retour de Saartje pour l’inhumer. Ces demandes se heurtent à un refus des autorités et du monde scientifique français au nom du patrimoine inaliénable de l’État. Le vote d’une loi spéciale en 2002 permet d’acter la restitution de cette dame à son peuple d’origine.

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Restitution de Saartjie Baartman

Alors se posait un peu plus tard le cas des têtes maories. en 2007 lorsque le musée de Rouen a souhaité accepter la restitution d’une des têtes. Aucune loi spécifique pour les têtes n’existait et bien sur l’idée que de nombreuses demandes de restitutions de corps fleurissent inquiètent de nombreux chercheurs et conservateur à propos de l’inaliénabilité. En 2008, l’accord de restitution est donné via une loi au musée de Rouen. C’est ainsi que par la suite 21 têtes seront restituées venant de musées ou d’universités française et sont ainsi de retour en Nouvelle-Zélande. Les restitutions des têtes maories répondent alors à des cas particuliers et leur transport est aussi l’occasion pour les descendants de mettre en place leurs traditions depuis le pays de départ jusqu’à l’arrivée des têtes chez eux. Chaque restitution est un grand évènement et de nouveaux pays s’accordent pour restituer des têtes. On estime que 322 têtes sont revenues…les autres sont probablement dans des musées privés ou chez des collectionneurs.

J’espère que cet article et la vidéo vous ont plu ! J’ai énormément apprécié travailler dessus étant très intéressée par les cultures polynésiennes  !

Ci dessous vous trouverez mes sources pour cette vidéo et pour cet article.

A bientôt

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Sources

Maori : leurs trésors ont une âme – Beaux arts éditions

Maori Tattoo: The Definitive Guide to Ta Moko


https://teara.govt.nz/en/ta-moko-maori-tattooing
Ta Moko : Le tatouage maori – Céline Ripoll
https://journals.openedition.org/gradhiva/1735 
Le mokomokai du Musée ethnographique Juan B. Ambrosetti
http://nzetc.victoria.ac.nz/tm/scholarly/tei-TeIMoko.html
http://www.stuff.co.nz/timaru-herald/opinion/malcolm-mulholland/5024282/Mokomokai-are-home-where-they-belong
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022227321
https://journals.openedition.org/jso/6638 
Chronologie concernant les têtes tatouées et momifiées māori ou toi moko (aussi connues sous le terme de moko mokai)

 

4 commentaires

  1. Wahou je ne savais pas tout ça moi ! merci merci et bravo . Ta vidéo comme à chaque fois est superbe . Dis comment on fait pour s’abonner à ton blog !? c’est possible ? ou bien tu poste aussi toujours sur face book ? Belle journée

  2. Ce que j’aime dans tes articles c’est que il y ait les sources en bas de page! Vraiment c’est cool!

    Sinon je suis assez heureuse de lire qu’on ait finalement accepté de rendre ces têtes, tout comme la vénus et quand on voit la tête du gars sur la photo il n’a pas l’air très heureux de s’en débarrasser haha!

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