Les morts de Towton : Complément de vidéo sur le cas de cette bataille.

Comme présenté dans la vidéo « Les morts de Towton », ce site est exceptionnel bien que tout n’ait pas été fouillé et que les études se basent sur le cas d’une tombe multiple n’étant très certainement pas la seule sur les hectares de site.

Lors de cette bataille de la guerre des Deux-Roses, la plus meurtrière (1455-1485) sur le sol anglais, la fouille de la fosse en 1996 a permis de retracer donc plusieurs éléments concernant le combat entre York et Lancastre à cette époque :

  • Les corps et leurs pathologies ainsi que leurs traumas, cf la vidéo.
  • Les armes utilisées en comparaison avec les connaissances déjà acquises concernant l’équipement des soldats anglais de la seconde partie du XVe siècle.
  • La vérification ou non des dires liées au récit de la bataille bien qu’écrites a posteriori.
  • La pratique d’inhumation collective en cas de combat et donc de morts de masse.

L’étude d’un champ de bataille ancien se retrouve confrontée à quelques difficultés et en particulier lorsque les historiens et les archéologues tentent de définir les étapes chronologiques du combat, c’est-à-dire les différents mouvements de bataillons, les replis et autres éléments qui peuvent être relatés dans les sources écrites. Ces recherches engendrent de nombreux débats entre les spécialistes et les apports archéologiques permettent d’avoir quelques éclairages supplémentaires mais pas forcément suffisants pour trancher sur certaines questions.

Tombe de Towton Le Bizarreum

En 1996, lorsque des équipes de travaux se retrouvent confrontées aux premiers ossements, les archéologues du WYAS et de l’université de Bradford sont donc dépêchés sur ce terrain privé dont les propriétaires ont donné un accord de fouille pour la tombe. Le premier corps ayant été découvert se trouvait à 0.45 mètres de profondeur et a été sorti par une pelleteuse. Le reste de la fouille de cette tombe rectangulaire s’est donc faite de façon manuelle par la suite. La fouille ayant été coordonnée pour être réalisée en un nombre de jour précis. Il a donc été très important d’allier efficacité et surtout analyses et relevés précis de chaque corps déposés tête bêche. En plus des corps, des éléments dans les strates ont permis de collecter différents objets comme des céramiques médiévales, des éléments métalliques également (des anneaux ainsi que des éléments d’armures). Pour ce qui est des inhumations, bien que le site de la bataille soit connu depuis que cette dernière se soit déroulée, nous avons des archives attestant de la suspicion de nombreuses tombes sur le site au XIXe siècle et bien que des fouilles rudimentaires aient été faites à l’époque, elles n’ont pas apporté autant d’éléments que la fouille de 1996. Néanmoins, les chercheurs s’accordent à dire que les ossements retrouvés au XIXe ne sont pas forcément en lien avec la bataille. Faute de relevés à l’époque et de datation par la stratigraphie, le mystère reste donc entier.

Towton tombe Le Bizarreum

Tombe Towton Le Bizarreum
Scan du livre Blood Red Roses

Les corps

Comme je l’indiquais dans la vidéo, les corps retrouvés correspondent à des individus masculins âgés entre 16 et 50 ans (et même l’âge de 14 ans pour certains a été avancé) et ce déterminé par l’analyse dentaire mais aussi de certains os comme le fameux os hyoïde de la vidéo et l’étude la soudure de ce dernier au niveau de la grande corne en plus d’autres os. Des hommes de bonne composition de façon générale, de bonne stature mais ayant pour quelques uns d’entre eux des pathologies osseuses d’origine génétique et des marques de carences sur les os longs. Carences pouvant être en adéquation avec le niveau de vie mais également à cause de leur présence depuis de nombreuses années dans l’armée où l’alimentation pouvait s’avérer pauvre et non équilibrée dans le cas des vétérans. Ce qui explique également le grand nombre d’individus ayant les dents cariées mais aussi des fractures dentaires ante mortem et pour certains des marques évidentes d’utilisation de leurs dents comme outil. Les maladies infectieuses sont aussi évoquées pour les individus de Towton bien que non déterminées : Tuberculose ou encore syphilis sont suspectées. En étudiant certaines vertèbres porteuses d’éléments particuliers indiquant une grande activité physique, des analogies avec les sportifs de haut niveau ont été faites afin de déterminer si les hommes en question ont eu des activités en dehors du combat menant à de telles séquelles. Ce qui permet également de catégoriser les soldats de la tombe : Ceux ayant eu un entrainement depuis leur plus jeune âge et ceux ayant des déformations liées à leur métier ce qui indiquerait alors qu’ils étaient plutôt des combattants occasionnels exerçant un autre métier en temps normal (par exemple agriculteur).

Crâne de Towton Le BizarreumCrâne de Towtonimg_9970

Les armes

Évidemment, l’étude des traumatismes sur les corps permet de classifier les armes utilisées au combat. L’évolution des armes dans l’histoire est très complexe et est également source de nombreux débats. Néanmoins, les tests faits en laboratoire pour déterminer les armes à l’origine des coups sur les corps de Towton permet d’avoir une liste de ce qui a pu être utilisé sur place.

De façon basique nous avons les épées longues, deux faces tranchantes avec le bout pointu permettant de percer les armures dans le cas où l’adversaire en portait une (ce n’est pas une constante que d’avoir une armure à Towton par exemple comme on l’a vu dans la vidéo). En armes courtes on retrouve des glaives par exemple car le glaive est une arme commune du quotidien au XVe siècle et s’utilise lors du combat au corps à corps comme cela a du être le cas à Towton par moment.

Towton-art

En armes autres, on retrouve les lances, les hallebardes, les haches ou encore les masses. Toutes ces armes occasionnant des blessures très graves voire mortelles lorsqu’elles sont utilisées. L’archerie possède une place non négligeable à Towton également comme nous l’avons vu avec la salve de flèches lancée en début de combat. Quant à l’équipement, bien que l’armure ait pu être portée par certains combattants, Towton et ses morts nous révèlent une inégalité flagrante en terme d’équipement avec probablement pour les plus chanceux une cotte de maille et un casque et pour les moins chanceux uniquement un casque. Il a été rapporté que certains hommes du camp Lancastre s’étaient mis à jeter leur équipement lorsqu’ils ont remarqué le début de leur défaite cela facilitant alors le fait de porter un coup au niveau de l’arrière de la tête et encore plus pour des hommes à cheval comme cela est soupçonné pour les corps de Towton, ce qui expliquerait l’angle et la force d’impact de certains coups. Ces scènes d’équipement jeté s’avèrent intéressantes car il est mention en plus des hommes tués de dos, des noyés qui se sont retrouvés au fond de l’eau en traversant la rivière Cock le tout en étant trop lourds pour réussir à fuir. On imagine vraiment le chaos de cette fin de combat à Towton et les blessures l’attestent encore plus, surtout lorsqu’il y a un acharnement dans les coups qu’ils soient profonds ou superficiels.

Postérité du site

Le site de Towton est fleurit tous les ans et des reconstitutions historiques sont faites pour célébrer cette bataille qui malgré les siècles a énormément marqué les anglais. Les découvertes sur le site ont été très utilisées à des fins d’enseignement de l’histoire du pays auprès des écoliers et des étudiants permettant une approche particulière via ces corps et les reconstitutions qui sont liées. L’Université de Bradford a mis en place un véritable programme à destination des enseignants, le tout avec divers musées et équipes de reconstituteurs afin d’apporter un éclairage aux plus jeunes via l’archéologie expérimentale par exemple issue de l’étude des squelettes (relation traumas / armes). Les chercheurs étant à l’initiative de ces mises à disposition de la science au grand public constatent un véritable bénéfice pour les visiteurs grâce à cette approche différente de l’histoire complétant le savoir « théorique » et donc un ensemble permettant une véritable immersion dans l’histoire d’une bataille qui a marqué leur pays de façon significative.

Anecdotes

Que serait l’Angleterre sans ses anecdotes croustillantes ? Dans une société croyant très fort aux fantômes, il est amusant de voir que le site de la bataille de Towton est considéré comme un des lieux les plus hantés d’Angleterre. Histoires de fantômes, de cris et d’entités se racontent entre les habitants de ce depuis de nombreux siècles.

Richard III Le bizarreum

En fin de vidéo, j’ai sélectionné des images issues de la série télévisée The Hollow Crown dont le roi Richard III découvert il y a quelques années et caractérisé par sa scoliose . Cette dernière lui donnait donc une démarche ainsi qu’une tenue plus que particulière dans le paysage royal anglais à l’époque médiévale. L’acteur Benedict Cumberbatch choisi pour incarner le rôle du roi est lui-même considéré comme un cousin du roi Richard III par des généalogistes, et ce dernier était présent lors de la mise en bière des reste royaux en 2015 pour une lecture de poème. Clin d’œil amusant assumé jusqu’au bout par les anglais, toujours au cœur de leur folklore et de leurs traditions si particulières. Mêler culture cinématographique et historique…en même temps, qui ne s’est jamais régalé devant les téléfilms anglais sur l’histoire de leur pays ? Je plaide coupable pour ce petit plaisir !

Merci de votre lecture et visionnage

Sources :

Blood Red Roses, The archaeology of a mass grave from the battle of Towton AD 1461 edited by Veronica Fiorato, Anthea Boylston and Christopher Knüsel Oxbow book, 2007 reprinted 2014.

The archaeology of disease, Charlotte Roberts and Keith Manchester Third edition, The history press 2010

Violences de guerre, violences de masse une approche archéologique sous la direction de Jean Guilaine et Jacques Sémelin, La découverte, Paris 2016

Colloque Archéologie de la violence, colloque international organisé par l’institut national de recherches archéologiques préventives, le musée du Louvre-Lens 2014. Conférence de Tim Sutherland université d’York co auteur du livre Blood Red Roses

4 commentaires

  1. Bonjour,
    Article très intéressant sur une page d’histoire de nos cousins anglais.
    Très bon complément de la vidéo mais n’y a-t-il pas un problème dans le paragraphe suivant :
    *Lors de cette bataille de la guerre des Deux-Roses, (…) , la fouille de la fosse a permis de retracer donc plusieurs éléments concernant le combat entre York et Lancastre à cette époque :*
    La fosse n’a pas été fouillée durant la bataille, j’imagine. Sûrement un problème de cut de paragraphe.
    Merci en tout cas de cette découverte.
    Bonne journée

  2. Bravo très belle article et super vidéo qui va avec ! Un travail sérieux. Continue comme ça

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