Les incroyables créations du Docteur Auzoux – Complément de vidéo

Comme à l’accoutumée, je prends énormément de plaisir à compléter mes vidéos avec des articles pour vous permettre d’en savoir plus et surtout de vous donner plus d’informations !

Le Docteur Auzoux venu de sa Normandie natale pour étudier et travailler à Paris n’a pas fait tout cela sans dépenser beaucoup d’argent ! En effet, sa famille plutôt modeste lui a permis d’aller faire ses études à la capitale en finançant ces dernières et par la suite, ils ont aussi aidé au financement des premiers prototypes d’écorchés et d’éléments clastiques.

Il aurait été moqué par ses professeurs et ses petits camarades lors de l’élaboration de son projet…mais cela n’arrête pas Auzoux qui est décrit une comme un passionné à la personnalité particulière et très concentré sur sa tâche. Car bien qu’Auzoux ait été entièrement happé par l’étude de l’anatomie…il détestait la dissection, il avait beaucoup de mal à en supporter la vue, l’odeur et c’est aussi cela qui l’a motivé à créer ses pièces ! Car il faut penser à une autre problématique lorsque l’on parle d’étude de l’anatomie durant les siècles passés : la possibilité de conserver le corps le plus longtemps possible.

Estampe d'un théâtre anatomique démontable.

Les saisons sont alors importantes, l’hiver est plus propice à la dissection tandis que l’été s’avère compliquer grandement la tâche. Ainsi, certains théâtres anatomiques étaient démontables et installés aux saisons froides uniquement. C’était le cas pour celui de Montpellier par exemple ! Il faut attendre la seconde moitié du XVIe pour avoir des théâtres permanents permettant des dissections à l’année.

Pour en revenir à Auzoux, il évolue à une époque avec de grandes difficultés en lien avec la dissection (cf mon article et ma vidéo) et il s’inspire de choses qu’il voit autour de lui pour mettre en place ses pièces clastiques. Entre légende et possibilité, il aurait tout d’abord croisé un des écorchés de Felice Fontana. Mais qui est ce monsieur et qu’est-ce qu’un écorché? Felice Fontana est un médecin du XVIIIe siècle ayant fait sa formation en Italie dans les meilleures universités de Médecine (Padoue et Bologne cf toujours mon article), considéré comme un héritier de Gaetano Zumbo, artiste céroplasticien (travail de la cire) ultra reconnu en Italie et en France au XVIIe dans le domaine de l’anatomie et de l’art anatomique. Fontana lui, a légué un nombre impressionnant de céroplasties de haute qualité dans le domaine anatomique mais aussi des écorchés en bois, c’est à dire des figures grandeur nature où l’on voit les muscles, les veines, les tendons, bref une figure sans peau. Vous pouvez en voir un au musée de la médecine de Paris ! Il est en bois de peuplier et est composé de 2000 pièces ! La production a tellement plu à Bonaparte qu’il lui a commandé cette pièce iconique.

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Felice Fontana

Alors, au moment où Auzoux est étudiant, il découvre les travaux d’un certain Jean-François Ameline avec qui tout va être compliqué du moment où Auzoux sortira ses modèles clastiques. En effet, Ameline travaille lui aussi sur un substitut au cadavre avec des pièces détachables (relativement différent de celui de Auzoux) et lorsque Auzoux a présenté son modèle clastique, Ameline n’a alors de cesse d’estimer que Auzoux était un plagiaire de sa création et il n’hésita pas à écrire des ouvrages à ce sujet. On peut comprendre que dans un si petit milieu, les rivalités aient été très fortes. Car en effet, une fois qu’une invention est reconnue comme utile par la Société Royale de médecine, c’est tout un ensemble d’enjeux financiers et de recherche qui pointe le bout du nez. Ainsi, en Résultat de recherche d'images pour "christophe degueurce  corps de papier"créant ses ateliers de plus en plus prospères, Auzoux peut embaucher plus, toujours des personnes modestes de son village et tout cela permet d’envoyer ses pièces à l’étranger. D’ailleurs, la renommée actuelle de Auzoux est toujours aussi forte aux États-Unis ou en Angleterre tant ces pièces sont liées à l’histoire de la médecine et son enseignement sur place également. Un savoir faire frenchie inégalé et qui a suscité des interrogations sur la fabrication, d’où les radiographies faites sur un des mannequins pour comprendre le système interne de fils métalliques (qui s’avèrent extrêmement nombreux, voir photo ci-contre !).

Si ces pièces anatomiques sont fascinantes, une de celles qui a eu le plus de succès est celle du cheval ! En effet, c’est une pièce impressionnante que nous avons la chance de pouvoir observer dans plusieurs musées. Si je vous parle du cheval c’est aussi pour faire écho à mon article sur le musée de l’école vétérinaire de Maison-Alfort car savoir comprendre l’anatomie équine était quelque chose de primordial :

  • On travaille avec des chevaux
  • On circule avec des chevaux
  • On fait la guerre avec des chevaux

Alors, savoir soigner ce majestueux animal était très important pendant de nombreux siècles, d’où l’attention toute particulière donnée à cet animal dans les différentes écoles vétérinaires de France à l’époque.

Si le sujet du Docteur Auzoux vous intéresse je vous recommande très chaudement la lecture de ce PDF gratuit de la Drac Occitanie qui parle des collections de Montpellier.
Mais aussi celui sur Felice Fontana toujours édité par la Drac Occitanie (Section patrimoine restauré). Car oui, même si la reconnaissance du patrimoine médical a été très long en France, les pièces issues des musées de médecine et d’anatomie sont protégées dorénavant.

Les œuvres des ateliers Auzoux pour les plus anciennes requièrent une attention toute particulière et surtout au niveau de leur conservation et de leur restauration faisant appel à un savoir-faire précis autour du papier mâché, des vernis, des peintures et des articulations des pièces. Un patrimoine mis en lumière que récemment et ayant pris la poussière de nombreuses années dans de nombreux musées faute d’intérêt, de suivi et surtout à cause des très nombreuses pièces produites en série tout au long de l’existence des ateliers. C’est un véritable renouveau qui se produit autour des œuvres de Auzoux pour le plus grand plaisir des visiteurs de musées.

Où voir des pièces Auzoux?

Voici une petite liste (que vous pouvez étoffer en commentaires).

Et sûrement de très nombreux autres endroits au sein des musées universitaires, hospitaliers en France, en Europe et à l’étranger.

En ouvrage, en plus des sources, si vous souhaitez un livre beau mais un peu onéreux (il mérite son prix) je vous conseille Corps de Papier de Christophe Degueurce qui avait déjà fait un ouvrage magnifique sur les écorchés de Fragonard, et pour cause, il est le conservateur du musée de l’ENVA.

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Et bien sûr je vous mets des sources, nous avons beaucoup de chance car autour de Auzoux il y a beaucoup de choses accessibles et gratuitement. Un article court qui vous permet surtout d’accéder à l’ensemble de sources ci-dessous.

A bientôt !

tip

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Sources : 

Documents de la DRAC sus-cités
Corps de Papier de Christophe Degueurce sus-cité
De l’utilité des musées et collections des universités Dominique Ferriot et Marta Lourenço OCIM
Autopsie du “Larynx gigantesque du Docteur Auzoux” Pierre Léon Thillaud et Yves Glon, esfhm 2017
Collecte fondation du patrimoine – Si vous souhaitez participer
Leçons élémentaires d’anatomie et de physiologie, ou Description succincte des phénomènes physiques de la vie dans l’homme et les différentes classes d’animaux, à l’aide de l’anatomie clastique / par L. Auzoux 1839
https://www.reseau-canope.fr/musee/fr/connaitre/les-expositions/exposition/belles-plantes-modeles-en-papier-mache-du-dr-auzoux.html
https://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Occitanie/Actualites/Actualite-a-la-une/Prodiges-de-la-nature-les-creations-du-Dr-Auzoux-exposition-du-31-janvier-au-9-avril-2017
Raynal Cécile. Un musée dédié à l’ «anatomie clastique» du Dr Auzoux (1797-1878). In: Revue d’histoire de la pharmacie, 95e année, N. 360, 2008. pp. 514-516.
L’anatomie d’une fleur. Modèles en papier-maché du Docteur Auzoux
Marion Gouriveau, « La fabrication des modèles anatomiques en papier-mâché du docteur Auzoux », dans Claude Laroque et Valérie Lee (dir.), Papiers en volume, traditions asiatiques et occidentales, actes de la journée d’étude du 4 novembre 2016, site de l’HiCSA, mis en ligne en février 2018, p. 76-100

 

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